Le Sicilien
comédie-ballet en un acte de Molière et Lully (1667)
avec Le Concert Spirituel et la Cie de Danse l’Eventail

La scène est en Sicile – soit, dans l’esprit du temps, une contrée exotique et ensoleillée, propice à toute fantaisie ; le creuset plus ou moins fantasmé où se croisent et se mêlent toutes les nations du pourtour méditerranéen ; une terre, enfin, où les passions sont réputées violentes et la jalousie des natifs proverbiale.
Le jeune Adraste, digne représentant de l’excellence française et de sa galanterie bien connue (Cocorico !), s’est follement épris de la belle Isidore, la captivante esclave grecque du sévère Sicilien Don Pèdre – lequel, bien entendu, la destine à sa couche.
Comment Adraste, que la garde obsessionnelle du jaloux empêche de communiquer avec sa belle, pourra-t-il savoir si ses sentiments sont partagés par la belle Isidore ? Avec l’aide de son esclave turc Hali (le fourbe de service, mais pas bien dégourdi pour autant), le jeune homme va entreprendre une série de ruses… galantes.
Le Sicilien doit sa brièveté à sa place dans l’immense et somptueux Ballet des Muses, dont il n’était qu’une des quatorze « entrées » – mais la toute dernière, donc le « clou ». En à peine une heure, Molière et Lully se surpassent. Tous les codes de la comédie de cour y sont respectés : la place prioritaire de l’intrigue amoureuse dans le ton galant, le raffinement des modes d’expression, et, bien entendu, l’exaltation de l’excellence française !
Mais les deux complices, toujours experts dans l’art de savoir jusqu’où aller trop loin, n’hésitent guère à y mêler les joyeusetés de la farce (avec « turqueries » à la clé et divertissement burlesque en sabir), l’ironie quant aux prétendues caractéristiques nationales (y compris françaises…) et la poursuite de leurs recherches sur le genre.
Molière, en particulier, y teste un mode d’écriture dramatique extrême. Sa prose – toujours musicale – atteint ici un raffinement unique dans son œuvre. Toute entière composée de vers blancs, d’échos et d’assonances, la langue assignée aux comédiens est en parfaite adéquation avec l’univers musical à laquelle elle s’intègre subtilement.
Détachée de l’encombrant Ballet des Muses, Le Sicilien apparaît comme une parfaite « comédie-ballet de chambre ».
Suivons donc les chemins balisés par Molière et Lully : travail des comédiens sur la langue, dont la musicalité n’est pas synonyme de déclamation, mais de rythme, temps, contretemps, ruptures et jeux multiples ; excentricité et exotisme « haut de gamme » des personnages, et des costumes qu’ils portent ; alternance entre les divertissements élégiaques (la sérénade nocturne du premier tableau, traduite ici en ombres chinoises) et bouffons (marionnettes et masques pour la Turquerie).
Le dispositif scénique, autonome et implantable tant en salle qu’en plein air, figure en l’idéalisant la demeure de Don Pèdre, puisque tout s’y joue, tantôt devant, tantôt dedans – avec suffisamment de volumes et d’arêtes pour que la lumière y recrée les contrastes propres à l’univers méditerranéen.
Les comédiens des Malins Plaisirs
Don Pedre : Quentin-Maya Boyé ou Pierre-Guy Cluzeau
Hali : Olivier Berhault ou Benoît Dallongeville
Isidore : Marie Loisel ou Jeanne Bonenfant
Adraste : Laurent Prévôt ou Olivier Berhault
Les solistes du Concert Spirituel
Philène, Premier Turc, Maure : Clément Debieuvre (haute-contre)
Tircis, Deuxième Turc, Maure : François Joron (taille)
Le Berger, Troisième Turc, Maure : François Héraud (basse)
Les danseurs de la Cie de Danse l’Eventail
Marionnettiste, Marionnette, Zaïde : Adeline Lerme
Marionnettiste, Marionnette, Manipulateur : Artur Zakirov
Les instrumentistes du Concert Spirituel
Basson et coordination musicale : Lucile Tessier
Hautbois et flûtes : Nathalie Petibon ou Renata Duarte ou Vincent Banchard ou Johanne Maitre
Théorbe et guitare : Simon Waddel ou Victorien Disse ou Albane Imbs
Direction artistique et mise en scène : Vincent Tavernier – Les Malins Plaisirs
Conception musicale : Hervé Niquet – Le Concert Spirituel
Chorégraphie : Marie-Geneviève Massé – Cie de Danse l’Eventail
Décor : Claire Niquet
Costumes : Erick Plaza-Cochet
Lumière : Carlos Perez
Assistante à la mise en scène : Marie-Louise Duthoit
Assistante costumes : Sylvie Barras
Coproduction : Les Malins Plaisirs, Le Concert Spirituel, La Cie de Danse L’Eventail, Angers-Nantes Opéra, Le Grand T, L’Atelier Lyrique de Tourcoing, L’Opéra de Massy, L’Opéra de Reims, L’Opéra Grand Avignon, Le Centre de Musique Baroque de Versailles, Le Théâtre Montansier de Versailles, La Barcarolle – Théâtre du Pays de Saint-Omer, Le Théâtre Alexandre Dumas de Saint-Germain-en-Laye, La ville du Touquet-Paris-Plage