Les Fourberies

de Scapin

 

comédie en trois actes de Molière (1671)

Nous sommes à Naples. En l’absence de leurs pères respectifs, Octave (fils d’Argante) s’est marié avec Hyacinte, une jeune orpheline, et Léandre (fils de Géronte) est tombé amoureux de Zerbinette, une bohémienne !

 

Rentrant à l’improviste, les deux vieillards découvrent avec fureur la situation. Ils avaient en effet arrangé une union à leur convenance, Octave épousant la fille de Géronte, fruit d’un second mariage et vivant jusqu’alors à Tarente. Léandre, de son côté, apprend que Zerbinette va quitter la ville avec sa troupe de bohémiens, à moins qu’il ne trouve rapidement l’argent pour la racheter.

 

Octave et Léandre, désespérés, font appel à Scapin…

Certainement, cette pièce ne sonne pas comme une simple farce. Molière – homme mûr, homme de métier, homme parvenu aux sommets des honneurs et qui songe à certaines joies pures et lumineuses du temps de la province – y a mis tout son savoir, toute sa foi en la puissance du théâtre et aussi une indicible nostalgie.

 

Scapin est en effet d’abord la synthèse aboutie des traditions burlesques françaises et italiennes, dont Molière n’a cessé de combiner les qualités respectives pour produire une état qui les surpasse toutes deux ; et c’est peut-être plus encore l’épanouissement éblouissant d’un personnage – le fourbe de théâtre – dix fois déjà approché, repris et enrichi à travers les Mascarille, Sganarelle ou Sbrigani de tous poils, qui trouve ici dans une ultime cristallisation sa puissance et sa poésie.

 

Scapin appartient à la race des grands voraces, des génies créateurs. La violence, la cruauté ont partie liée à cette force créatrice, la volupté et la gourmandise aussi. Scapin est ce «monstre-artiste», solaire et solitaire. Face à lui, Molière aligne une galerie de personnages superbement dessinés, mais dont les caractères sont éloquents : faiblesse, couardise, inconséquence – âpreté, filouterie, sottise – on en passe !… et surtout : sérieux. Scapin y oppose le plaisir.

 

Moins qu’une affirmation sociale qui réduirait la pièce (valet contre puissants – Scapin n’est pas Figaro), Les Fourberies ont en effet une ambition plus large : la proclamation d’une supériorité de valeurs, celle de l’esprit sur l’argent. Molière affirme le triomphe de cette force singulièrement dangereuse qu’est le plaisir, plaisir presque carnassier et en tout cas grisant qui s’empare de Scapin, homme de théâtre à l’état natif, et culmine dans la scène du sac, pur moment de jouissance combinant vengeance absolue, débordement vital, fièvre créatrice et enivrement de tout l’être – à quoi répondra le colossal éclat de rire de Zerbinette, par lequel Molière avère le retour d’une joie jusque-là singulièrement absente chez les protagonistes !

 

De ce point de vue, le seul personnage dont on puisse réellement rapprocher Scapin dans toute la production moliéresque, c’est Don Juan – solitaire, anarchiste, bravant la société et la mort – si ce n’est que Scapin, lui, en réchappera ! Est-ce que le théâtre sera toujours plus fort que la vie même ?

L’ambition (et la difficulté !) de cette production, c’est précisément de prétendre assumer toutes les dimensions de la pièce, sans en fermer aucune, et de développer la totalité des lignes de force qui font des Fourberies une pièce unique – et puissante : la savante construction de la conduite dramatique et sa formidable montée en force ; la virtuosité acrobatique des « scènes à faire » ; la puissance ou la délicatesse des portraits individuels ; enfin et surtout, l’affirmation du plaisir de l’audace face… au principe de précaution, et l’épiphanie solaire du personnage de Scapin.

Octave : Olivier Berhault

Silvestre : Benoît Dallongeville

Scapin : Laurent Prévot

Hyacinthe : Adèle Bernier

Argante : Quentin-Maya Boyé

Géronte : Pierre-Guy Cluzeau

Léandre : Maxime Costa

Carle : Vincent Tavernier

Zerbinette : Marie Loisel

Nérine : Maud Lemercier

 

Mise en scène : Vincent Tavernier

Décor : Claire Niquet

Costumes : Erick Plaza-Cochet

Lumière : Carlos Perez

 

Production : Les Malins Plaisirs

 

Création au festival Les Nuits Baroques
Février 2013 – Le Touquet-Paris-Plage